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Denis Martinel |
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LA
RUE SAINT VINCENT A NICE
Mon arrivée à Nice marque une nouveauté dans mon existence : je suis, géographiquement, loin de toutes relations, je ne connais personne. Pour la première fois c'est mon métier qui me conduit "à la rencontre", plutôt que les réseaux : famille, école, enfance. Les vernissages m'apportent les premiers contacts. J'entends parler de jeunes, partis vers d'autres aventures après avoir marqué une période de la jeune vie culturelle niçoise Lanneau, Goiran, Tupinier, entre autres Un jour
je descends dans une cave rue St Vincent. Je rencontre Viallard et Plus
tard un ami me propose une place d'atelier, celle de Viallard justement,
rue St Vincent. Hasard. Les lieux sont occupés par cinq personnes. Je partage ma partie avec Reynaud qui trop sensible perd patience et quitte l'atelier ; Dorothée Selz prépare une expo au rez-de-chaussée. Deux peintres décorateurs occupent l'autre partie de la cave. Peu de contacts, peu de débats avec les occupants durant les deux ans passés dans cet endroit. Mais... il reste là quelques traces sur les murs, du fusain, des taches... le petit monde de l'art niçois n'omet pas de me rappeler qui était passé là. Ces lieux sont "habités" et j'ai une certaine fierté à les occuper après d'autres artistes qui ont marqué leur passage. Durant ces deux années, je fais quelques expos, à la gare du Sud, galerie archétype, la cafétéria Casino dont Ben anime les cimaises. En compagnie d'Antoine Alvarez et Yves Fournier nous formons le groupe des "sales gosses" et montons quelques performances (happening) qui marquent la vie niçoise. La presse en parle. Même le musée d'art moderne, sur la cassette bande annonce de son édification, pirate plusieurs images de nos performances saisies sur les archives de canal 40, sans savoir qui sont réellement les auteurs... Entre parenthèse, notre groupe "les sales gosses" et la rue St Vincent existent toujours. Le carrefour des publicités privilégie le Bar des Oiseaux à proximité où l'on peut se réchauffer lorsque des heures durant, l'humidité, le local des poubelles mitoyen, usent la concentration. Seul artiste dans un lieu occupé dorénavant par des artisans, je ne suis plus à mon aise et quitte l'atelier. Miriem Bouderballa prend la relève. Je m'installe pour deux ans dans le quartier du port. C'est surtout à Nice, après des années de gestation que ma peinture s'est réalisée Arrivé à Paris deux ans plus tard je recherche un appartement atelier et me rends à un rendez-vous de visites où par le plus grand des hasards je rencontre Viallard qui, lui aussi cherche un lieu ! Il me parle d'un atelier à Pantin où finalement, on se retrouve avec Laurent Chablot qui avait exposé lui aussi à Nice chez Lola Gassin. Plus tard Goiran que je ne connaissais pas, remplace Viallard... Nous sommes devenus amis et la rue St Vincent renaît à Pantin avec les visites de notre ami Henri Fabregat qui travaille occasionnellement chez nous lorsqu'il passe à Paris, et celles amicales de Lanneau. Les artistes qui m'avaient précédé à Nice rue St Vincent, et que je ne connaissais pas, je les rencontre donc à Pantin, ou chez Lanneau, quai de la Gare (au Frigo) comme en flash-back Tous ces personnages alliés réunis me donnent l'impression d'une confrérie. D'ailleurs, aux alentours, d'autres ateliers nous appellent sans qu'on en sache rien au début, "les Niçois". Pourtant, Chalibot est vendéen, Lebon est breton, je suis tarnais. Seul Goiran est niçois. Mais l'impression globale, le désordre, le batchas méditerranéen de notre atelier de Pantin avaient décidé de cette appellation.
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L'aspiration
1986
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